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Drone & immobilier : activité facile ou piège à télépilotes ?

Gagner sa vie avec un drone – Épisode 2

C’est probablement le secteur qui attire le plus de nouveaux télépilotes. Et pourtant, c’est aussi celui où on voit le plus d’illégal, le plus de casse tarifaire et le plus de déceptions.



Dans presque toutes les discussions avec des télépilotes, l’immobilier arrive très vite :

“Je vais commencer par faire des photos de maisons, ça a l’air simple”

Sur le papier, le raisonnement se tient :– beaucoup de biens à vendre,– des images “faciles” à produire,– un besoin évident de visuel pour les annonces.


En réalité, le secteur immobilier + drone est l’un des plus piégeux :

  • concurrence très forte,

  • tarifs parfois ridiculement bas,

  • nombreuses pratiques illégales (vols en agglomération sans cadre, absence d’enregistrement, pas de MANEX, pas de scénario spécifique),

  • agences qui utilisent “l’agent qui a un drone” plutôt qu’un prestataire pro.


On va regarder ça sans filtre.



1. Pourquoi l’immobilier attire autant les télépilotes ?


Trois raisons principales :

  1. Barrière psychologique faible

    Tout le monde “voit” ce que c’est : quelques photos du bien, un plan d’ensemble, éventuellement une courte vidéo. C’est rassurant par rapport à la photogrammétrie, aux inspections techniques ou à la cartographie.


  2. Demande apparente

    • milliers d’annonces immobilières,

    • des agences dans chaque ville,

    • des mandataires qui veulent se différencier. La demande semble infinie.


  3. Illusion de simplicité technique

    Avec un drone type Mavic même Mini, on obtient rapidement des images “proprettes”. Résultat : beaucoup se disent que ce sera une bonne activité de démarrage.


Le problème, c’est que "tout le monde a eu la même idée."



2. La réalité des tarifs : du premium… au dumping


Quand on regarde les grilles de tarifs affichées par des prestataires sérieux, on trouve :

  • photos drone immobilier seules autour de 150–300 € HT pour 10 à 15 photos avec préparation et retouche

  • tournage + montage immobilier plutôt dans une fourchette 300–800 € HT, voire au-delà selon la complexité


Mais on trouve aussi des offres très agressives, par exemple :

  • 80 € HT pour 10 photos d’un bien, avec forfaits de 10 biens à 720 € HT (soit 72 € HT par bien) spécialement dédiés aux agences immobilières

  • des packs photo + vidéo immobilier à 150–250 € HT tout compris


Sur le papier, ces tarifs “bas coût” (low-cost) sont attractifs pour l’agence. Pour le télépilote, une fois qu’on intègre :

  • préparation de mission,

  • vérification de la zone sur Géoportail (Géoportail = portail cartographique officiel),

  • démarches administratives si zone réglementée,

  • déplacement,

  • temps sur place,

  • traitement / montage,

  • charges / assurance,

le taux horaire réel peut tomber très bas.


Dans certains cas, on est quasiment à la limite de la prestation au noir “légale” : tout est en règle sur le papier, mais personne n’est réellement payé à hauteur de la responsabilité engagée.



3. Ce qu’on ne dit pas : les prestations “à la volée” et les usages illégaux


Dans l’immobilier, on voit souvent :

  1. L’agent ou le mandataire qui a acheté un drone

    • pas forcément de formation,

    • pas d’enregistrement d’exploitant UAS (opérateur d’aéronefs sans équipage à bord),

    • pas de MANEX (manuel d’exploitation),

    • aucune notion de catégorie spécifique.


    Le vol se fait en agglomération, parfois au-dessus de la voie publique, pour une annonce. Sauf cas très particulier en espace privé parfaitement fermé, ce type de vol sort généralement de la catégorie ouverte. En France, le vol en catégorie ouverte dans l’espace public en agglomération est interdit, il faut basculer dans la catégorie spécifique avec les démarches associées.


  2. L’agence qui “offre les photos drone” en interne

    Certaines agences communiquent ouvertement sur le fait qu’elles réalisent elles-mêmes leurs prises de vue, parfois sans jamais parler de cadre réglementaire. Pour celles qui communiquent correctement, on retrouve la mention de télépilote déclaré DGAC et d’assurance professionnelle. Mais dans de nombreux cas, c’est simplement un collaborateur qui a un drone personnel. Le risque juridique pèse alors sur l’agence, pas seulement sur le pilote.


  3. Prestations sous-déclarées ou non déclarées

    • aucune déclaration d’activité d’exploitant,

    • aucun enregistrement sur AlphaTango,

    • photos vendues “comme un service de photographie classique”.

    Sauf que l’usage professionnel d’un drone, en environnement potentiellement peuplé, entre dans le champ des règles aériennes et pénales.


Rappel utile : en cas de violation des règles de sécurité ou de survol interdit, les sanctions peuvent aller de "1 à 6 mois de prison et 15 000 à 75 000 € d’amende", avec confiscation du drone. Ça fait beaucoup pour “quelques photos à 80 €”.



4. Le mur réglementaire qui arrive : C5, STS-01 et fin des bricolages


L’immobilier se fait très souvent :

  • en zone résidentielle,

  • en agglomération,

  • à proximité d’habitations, de voies publiques, de routes, etc.


Ce type d’opération est typiquement hors catégorie ouverte et relève de la catégorie spécifique : exploitation en zone peuplée, déclaration ou autorisation selon les cas.


Avec la bascule vers les scénarios européens au 1er janvier 2026, le décor se durcit :

  • les scénarios nationaux (S1, S2, S3) disparaissent au profit des scénarios STS-01 (vol en vue directe en zone peuplée) et STS-02 (vol hors vue)

  • le scénario STS-01 impose un drone de classe C5, dont les exigences sont définies par le règlement délégué (UE) 2019/945

  • différents acteurs rappellent déjà que les drones utilisés en ancien S3 devront être mis à jour ou remplacés par des modèles certifiés C5 à partir des nouvelles échéances réglementaires (2026)


Concrètement, ça veut dire quoi pour l’immobilier ?

  • Le “Mavic ou le Mini acheté à la Fnac” utilisé sans cadre va être de plus en plus difficile à justifier en zone peuplée.

  • Les exploitants structurés, capables de travailler en STS-01 - PDRA-S01 - LUC ou encore SORA avec un drone adapté, vont avoir "un avantage concurrentiel massif."



5. La psychologie tarifaire des agences… et la guerre du “facile”


Beaucoup d’agences immobilières voient la photo drone comme :

un “bonus visuel sympa mais pas vital”

Elles comparent souvent les tarifs à :

  • un simple shooting photo intérieur,

  • un stagiaire/agent qui ferait ça “en plus”,

  • un service marketing parmi d’autres.


Résultat :

  • forte pression pour des "tarifs très bas",

  • préférence pour des “forfaits volume” : 10 biens / mois, 20 biens / trimestre, etc.,

  • faible considération du temps de préparation, du risque aérien, de la responsabilité juridique.


Le télépilote qui veut tenir des tarifs "professionnels, conformes et rentables" se retrouve face à :

  • des prestataires illégaux ou non structurés qui cassent les prix,

  • des agences qui préfèrent bricoler en interne,

  • quelques rares acteurs qui jouent le jeu du cadre légal et de la qualité.


Ce n’est pas un marché “vide”. C’est un marché "segmenté".



6. Où se trouve la vraie valeur dans l’immobilier ?


Tu peux totalement gagner ta vie avec du drone immobilier…mais pas en vendant

“10 photos pour 80 €”.


La valeur est là où :

  1. La qualité d’image change le résultat commercial

    • biens premium,

    • propriétés de caractère,

    • haut de gamme,

    • programmes neufs,

    • domaines, mas, propriétés atypiques.


    Ces biens supportent plus facilement un budget de plusieurs centaines d’euros par dossier, surtout si tu fournis un "dossier complet "(photos HDR, vidéo, plans 2D, vues de situation, toiture, etc.).


  2. La conformité rassure

    Pour des groupes, des notaires, des promoteurs, des foncières :

    • opérateur enregistré,

    • MANEX sérieux,

    • procédures en catégorie spécifique,

    • conformité future C5 / STS-01.

    Tu deviens une "assurance de tranquillité juridique", pas un “télépilote de plus”.


  3. Tu vends un “pack (forfait) résultat”, pas des images

    • valorisation du bien,

    • dossier clé en main prêt à publier,

    • livraison en 24–48 h,

    • plusieurs formats adaptés aux portails, aux réseaux sociaux, aux plaquettes.


    Là, tu peux facturer à un niveau cohérent avec ton expertise.



7. Pour un exploitant pro : l’immobilier, opportunité ou piège ?


Piège, si :

  • tu veux en faire ton activité principale,

  • tu acceptes de travailler avec des agences qui comparent ton prix à “un agent avec un drone”,

  • tu entres dans la guerre du moins cher,

  • tu fais l’impasse sur le cadre réglementaire parce que “c’est juste pour une maison”.


Opportunité, si :

  • tu le positionnes comme "un segment parmi d’autres",

  • tu vises le "moyen / haut de gamme", les biens à forte valeur, les clients qui comprennent ce qu’ils achètent,

  • tu t’appuies sur la "conformité réglementaire" comme argument commercial,

  • tu structures ton offre en "dossier complet", pas en “3 photos aériennes”.



8. Ce qu’un télépilote sérieux devrait se demander avant de se lancer dans l’immobilier


Quelques questions simples, mais décisives :

  1. Suis-je prêt à "refuser" des prestations illégales (vol en pleine rue, zone rouge, etc.), même si le client insiste ?

  2. Suis-je clair sur mon "positionnement tarifaire"?– Si je suis à 80–100 € le bien… quelle marge réelle me reste-t-il ?

  3. Est-ce que je vise :– les biens “simples” en volume,– ou les dossiers à plus forte valeur, avec des clients plus exigeants mais plus fidèles ?

  4. Est-ce que mon exploitation est "déjà pensée pour la bascule STS-01 / C5" ?

  5. Est-ce que l’immobilier est :– mon cœur de métier,– ou un canal d’entrée vers d’autres prestations (inspection, suivi de chantier, cartographie légère, etc.) ?



9. Conclusion : l’immobilier, ce n’est pas le “marché facile”, c’est le marché trompeur


Le drone immobilier, en France, aujourd’hui :

  • attire parce qu’il paraît simple,

  • déçoit beaucoup de télépilotes qui se battent pour quelques dizaines d’euros,

  • expose ceux qui bricolent hors cadre,

  • récompense ceux qui sont structurés, conformes et clairement positionnés.


Tu peux en faire une brique rentable de ton activité. Mais pas en jouant au même jeu que l’agent qui sort son drone perso entre deux visites.

La différence entre “activité facile” et "métier sérieux", c’est exactement ce qui fera la frontière entre ceux qui resteront là en 2030…et ceux qui auront revendu leur drone sur un site d’occasion.


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