Formations drone en catégorie ouverte (A1/A3 et A2) : simple sur le papier… exigeant sur le terrain
- Frédéric Aroco
- 20 janv.
- 6 min de lecture
La catégorie ouverte (OPEN) est souvent présentée comme la voie “simple” pour voler légalement en drone.
Sur un point, c’est vrai : les exigences de formation sont volontairement accessibles.

Mais il existe un décalage majeur que beaucoup découvrent trop tard :
Une formation minimale ne signifie pas une exploitation simple - En catégorie ouverte, la difficulté n’est pas l’examen… c’est la conformité opérationnelle
Cet article clarifie ce que couvrent réellement les formations A1/A3 et A2, pourquoi la réglementation française impose une vraie rigueur “terrain”, et en quoi une formation opérationnelle devient indispensable dès qu’on vise un usage professionnel.
1) A1/A3 : une formation volontairement accessible (et c’est assumé)
En France, l’attestation OPEN A1/A3 est obtenue via AlphaTango (DGAC).Elle repose sur un examen en ligne de 40 questions, avec un seuil de réussite fixé à 75 %.
Cette approche correspond à la philosophie européenne : la catégorie ouverte concerne des opérations considérées comme à faible niveau de risque, à condition de respecter des règles strictes (altitude, distances, zones, survol, etc.).
Conclusion : l’A1/A3 permet d’entrer dans le cadre OPEN, mais ne garantit pas que le télépilote saura gérer des situations variées, complexes ou sensibles.
2) A2 : plus exigeant… mais pas un “mode d’emploi opérationnel”
Le niveau A2 (en France via l’examen complémentaire “OPEN A2 / BAPD”) est un cran au-dessus : il renforce la compréhension technique, la lecture du risque, et la capacité à réduire l’exposition au sol.
Le guide DGAC précise :
examen de 30 questions
durée 1 heure
seuil de réussite 75 %
sujets : météorologie, performances du drone, atténuation des risques au sol
C’est donc un examen plus technique que l’A1/A3.
Mais attention : un examen théorique, même renforcé, ne suffit pas à enseigner la réalité procédurale du terrain français, notamment dès qu’on touche aux zones particulières, aux restrictions locales, ou à l’interprétation des informations disponibles.
3) Le point clé souvent oublié : l’autoformation pratique A2 et ses compétences attendues
La sous-catégorie A2 introduit une exigence qui semble simple sur le papier, mais qui soulève une question de fond : l’autoformation pratique.
Pour voler en A2, EASA prévoit que le télépilote doit :
disposer de l’attestation A1/A3,
réaliser et déclarer une autoformation pratique,
réussir l’examen théorique complémentaire A2.
Sur le principe, c’est cohérent : on ne peut pas baser un niveau A2 sur de la théorie uniquement.
Mais le point sensible est le suivant : les compétences pratiques attendues existent bien, et elles sont détaillées dans les documents d’application AMC/GM d’EASA (guides et moyens acceptables de conformité).
Or, dans la pratique, beaucoup de télépilotes :
réalisent l’autoformation “en autonomie”,
signent l’auto-déclaration,
sans avoir identifié clairement le référentiel attendu, et donc sans base objective pour évaluer leur niveau réel.
C’est là que la question devient incontournable :
Sur quelles bases un télépilote peut-il déclarer “je suis compétent en pratique” s’il ne connaît pas les compétences attendues ?
Ce sujet est rarement posé publiquement, mais il est central. Car en cas d’incident, l’auto-déclaration ne protège pas : elle engage.
4) Le point aveugle de la catégorie ouverte : zones, restrictions et information aéronautique
La majorité des difficultés en catégorie ouverte ne vient pas du pilotage. Elle vient de cette question simple :
Ai-je le droit de voler ici, aujourd’hui, dans ces conditions ?
EASA rappelle que les États publient des zones géographiques UAS (UAS geographical zones), pouvant comporter :
des interdictions,
des restrictions,
ou des conditions spécifiques (parfois avec nécessité d’autorisation).
En parallèle, le contexte peut évoluer via la publication aéronautique, notamment :
NOTAM et SUP AIP publiés par le SIA,
pouvant activer ou modifier des zones temporaires (ZRT/ZDT, etc.).
Résultat : un télépilote peut être “conforme formation”, mais incapable de démontrer une conformité opérationnelle solide, faute de méthode et de lecture des informations applicables.
5) Catégorie ouverte : faible exigence de formation… mais fortes exigences de conformité
C’est le paradoxe de l’OPEN :
Oui, la formation est accessible
A1/A3 via test en ligne
A2 plus dense, mais cadré
Mais l’exploitation devient vite exigeante dès qu’on sort du “cas simple”
Dès qu’on approche :
des zones sensibles,
des zones complexes,
des contextes urbains ou industriels,
ou des environnements à contraintes multiples,
la difficulté n’est plus “connaître une règle”. La difficulté est d’appliquer correctement le cadre et de pouvoir le justifier.
En réalité, en OPEN, la plupart des erreurs ne sont pas techniques.
Elles sont procédurales
6) CERFA et accusé de réception : une preuve directe que “déclarer” n’est pas “être autorisé”
Certaines opérations en France impliquent une logique administrative (préavis / déclaration préalable), notamment via un dépôt de dossier.
Mais un point est fondamental — et pourtant encore mal compris :
Un accusé de réception de la préfecture ne constitue pas une autorisation
Les retours administratifs rappellent généralement que l’exploitant :
reste responsable de la conformité,
doit vérifier les zones applicables,
et doit obtenir les accords nécessaires des gestionnaires concernés lorsque cela s’applique.
Extrait d’un accusé de réception préfectoral :« Il est précisé qu’en l’absence d’accord du gestionnaire aérien, notamment au sein d’une zone interdite, les missions projetées ne pourront se réaliser et vous devrez annuler votre déclaration préalable via la plateforme AlphaTango. »

Traduction opérationnelle : même si la déclaration a été déposée, l’opération ne peut pas être réalisée sans les accords requis. En catégorie ouverte, la conformité ne dépend donc pas uniquement de la formation ou du dépôt administratif, mais aussi de la capacité à identifier les zones applicables et à sécuriser les validations nécessaires selon le contexte.
7) Pourquoi la formation devient indispensable (même en OPEN)
La formation drone ne se résume pas à obtenir un document.
En usage professionnel, la vraie compétence est ailleurs : dans la capacité à préparer une mission proprement, avec une logique claire, répétable, et défendable.
Ce qui manque souvent après une formation A1/A3 “basique” (et parfois même après A2) :
une méthode de préparation
une lecture fluide des zones et restrictions
une capacité à anticiper les cas sensibles
une rigueur opérationnelle (brief, périmètre, sécurité, documentation)
Et c’est exactement ce qui évite :
les annulations de mission,
les retards,
les incompréhensions client,
et les situations “limites” juridiquement.
8) La méthode “OPEN pro” : simple, répétable, défendable
Une exploitation conforme en catégorie ouverte repose sur une logique claire :
Clarifier l’objectif du vol(inspection, immobilier, suivi chantier, audiovisuel, etc.)
Définir l’environnement réel(zone, densité, tiers, accès, contraintes)
Identifier les restrictions applicables(zones, règles du lieu, contraintes du moment)
Construire un scénario sûr(gestion des tiers, distances, trajectoires, arrêt d’urgence)
Documenter la préparation(pour être conforme et capable de le démontrer)
Ce n’est pas compliqué. Mais ce n’est pas intuitif. Et ce n’est presque jamais maîtrisé après une simple attestation en ligne.
Conclusion : l’OPEN n’est pas “facile”, il est “accessible”
La catégorie ouverte a été conçue pour être accessible. C’est une bonne chose.
Mais en France, l’exploitation en OPEN impose une réalité très concrète :
A1/A3 valide une base minimale
A2 renforce la maîtrise technique et la lecture du risque
la conformité opérationnelle dépend surtout de la capacité à gérer les zones, l’information disponible, la préparation, et les démarches associées lorsque c’est nécessaire
En résumé :
Faibles exigences de formation ≠ faibles exigences de conformité - Pour voler en catégorie ouverte de manière professionnelle, une formation opérationnelle devient indispensable
Check-list “OPEN pro” (prête à appliquer)
Avant mission
L’objectif du vol est défini (et réaliste)
Zone d’évolution + zone de sécurité identifiées
Restrictions applicables vérifiées
Conditions du jour prises en compte (environnement, activité locale, contraintes temporaires)
Scénario de sécurité prêt (tiers, trajectoires, procédure d’arrêt)
Preuves de préparation conservées (au minimum les éléments essentiels)
Pendant mission
Tiers maîtrisés en continu
Périmètre respecté
Capacité d’interruption immédiate (arrêt/retour) si changement de situation
Pas de “vol d’opportunité” hors cadre
FAQ
1) L’attestation A1/A3 suffit-elle pour voler légalement en drone ?
Oui, elle permet de voler en catégorie ouverte A1/A3, mais elle ne couvre pas toutes les situations terrain (zones particulières, restrictions locales, contexte urbain). La conformité dépend aussi de la préparation de mission.
2) Quelle est la différence entre A1/A3 et A2 ?
A1/A3 est le niveau de base accessible en ligne. A2 ajoute un examen complémentaire plus technique et impose une autoformation pratique, permettant d’opérer avec des contraintes plus fortes (notamment liées au risque au sol).
3) L’autoformation pratique A2 est-elle obligatoire ?
Oui, le cadre A2 prévoit une autoformation pratique et une auto-déclaration. Le point clé est de savoir quelles compétences pratiques sont attendues et de pouvoir justifier une montée en compétence réelle.
4) Un accusé de réception de la préfecture est-il une autorisation de vol ?
Non. Un accusé de réception signifie que la demande est reçue, mais il ne constitue pas une autorisation. En l’absence d’accord requis (gestionnaires, zones interdites, etc.), la mission ne peut pas être réalisée.
5) Pourquoi suivre une formation “opérationnelle” même en catégorie ouverte ?
Parce que la difficulté en OPEN est souvent procédurale : comprendre les zones, les restrictions, préparer une mission conforme et documenter ses décisions. C’est ce qui sécurise une activité professionnelle.
Si vous avez un doute sur un vol en catégorie ouverte (A1/A3 ou A2), la meilleure approche est de valider le cadre en amont : zone d’évolution, restrictions, et scénario opérationnel. Chez Elite Drone Group, nous accompagnons les télépilotes et entreprises pour sécuriser leurs missions et éviter les erreurs fréquentes liées aux zones et procédures.
Et bien sûr, cher lecteur, comme d'habitude : Votre mission, si toutefois vous l’acceptez, est de poser vos questions , de partager votre expérience terrain en commentaire pour lever vos doutes et enrichir la discussion. Comme toujours, si vos commentaires venaient à déraper, nous nierions en avoir eu connaissance. Ce fil de discussion ne s’autodétruira pas dans cinq secondes… alors profitons-en pour échanger de façon constructive et courtoise. Bonne chance !








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